Voyage Voyage! juillet/sept 2017
La galerie ARTkos présente l’exposition "Voyage, Voyage !" et reçoit
du 22 juillet au 17 septembre 2017,
Alain Bourgeon : sculpteur et peintre
(exposition dans le cadre de l’association ART&A)
Objets de curiosité et d'art du monde de la galerie
au cœur du village médiéval de Mennetou-sur-Cher
ALAIN BOURGEON : sculpteur et peintre
Plus de quinze ans de peinture vont aller nourrir et donner un socle à trente-cinq ans de sculpture qui s’enchaînent, se complètent, se répondent…
Pour Alain Bourgeon, c’est le temps d’aller des formes rondes, sensuelles (Les « Indiennes » ; Abstraites bois ») aux formes acérées, anguleuses, presque « stridentes» («Bois colorés» ; «Fantaisies d’ébénistes»). D’explorer les formes géométriques et mieux revenir aux formes ventrues, pleines de promesses des bateaux, aujourd’hui. D’aller de l’abstraction à la figuration, en passant par une période d’abstraction figurative. De visiter des lignes, des perspectives, des contours tels qu’il nous place dans une aventure encore plus personnelle, celle du « rêve de l’arpenteur ».
Là, le guide-bâtisseur nous convie. Nous pourrions bien être chez les Aztèques, dans des temples exotiques aussi lointains en lieu qu’en temps…Où le noble et olympien décor, dans sa géométrie presque hiératique se compose, s’articule de formes pures à l’allure éternelle. La dimension du sacré plane…
Il nous fait passer des portes, monter des escaliers… Invitation à parader ou à se perdre sur de grandes esplanades entourées de cyprès métalliques, à moins que cela ne soit…
C’est parti ! Il a dû gagner puisque le voyage a commencé. Son don d’évocation nous rend à notre liberté de rêver. Un monde d’ailleurs, de solitude, de silence. Élégant… Peut-être celui de l’atelier, de l’Homme seul face à lui-même, à la matière, à son imaginaire devant toutes les formes, tous les possibles. Avec, ce n’est pas incompatible ni contradictoire, la part de l’enfant qui sommeille, celle qui raconte encore et encore des histoires en maquettant des rêves…
Bourgeon continue. Il va du monumental qui meuble l’espace de places et ronds-points à l’objet le plus intime, celui qui embellit les décolletés, orne les poitrines.
Décidément de ces grandes sculptures « Le nid », Meganeura (la libellule), au totem de Saint Jacques jusqu’aux bijoux, tout est en tout, le plus grand enferme le plus petit et réciproquement. Arpenteur de toutes les échelles, le rêve est une chose trop libre pour se limiter. Presque jamais retenue par la technique, sa création peut alors s’en donner à cœur joie. Cela tombe bien, il est doué de l’effort enthousiaste, celui de l’énergie innocente et ludique, celle qui fait dire à celui qu’elle habite : « j’en ai rêvé, c’est donc possible ».
Une définition de l’artiste ? Quelqu’un qui a un monde en tête et qui se donne les moyens de l’accoucher.
Portrait presque robot d’A. Bourgeon : il calcule, conçoit, essaie, maquette dans une approche aussi généreuse que minutieuse, aussi ludique que technique pour préparer ses pièces maîtresses. Il s’attaque à des structures où la démarche, s’assimile à celle de l’architecte, l’approche à celle de l’ingénieur patient…
Oui- parce que vous l’avez deviné – le rêve est aussi une chose trop sérieuse pour ne la confier qu’à un rêveur…Et comme Bourgeon répond autant à ses envies qu’à son imaginaire, et que le rêve - c’est bien connu - c’est d’abord le voyage, alors le rêve peut se poursuivre…
Du bois au métal, de la pierre aux résines… De … à… vous avez encore deviné, Bourgeon n’est pas limité non plus par aucune composante, encore moins par son désir ingénu et paisible de nous faire partager ses visions.
L’humour prend ses aises, A.B. a des thèmes de plus en plus légers, persifleurs, décalés, poétiques. Il joue avec les idées, les rêves, les transformations, les dérisions. Bateaux à bras, bateau-landau, bateau-brouette ou à roulettes. Son œuvre parle de lui : jeux innocents, désinvolture tranquille. En grandissant, sa maturité lui permet le luxe d’être de plus en plus jeune. Comme une réminiscence du célèbre « j’ai mis toute ma vie à dessiner comme un enfant » de Picasso.
L’œuvre d’un artiste renferme presque toujours une obsession qui finit par devenir « sa fidélité», celle qui a le pouvoir de toucher. Le trésor le plus personnel qu’il peut offrir au monde : sa vision. Et celle du rêve de l’arpenteur a fini par larguer les amarres, le socle est devenu coque, la sculpture peut partir pour de nouveaux horizons, les bateaux nourrissent si bien notre appétit d’au-delà.
Comme les grandes flèches des années 90 pointées vers le ciel qui ont fini par mettre les voiles, au point de le devenir elles-mêmes…Ces coques si ventrues ne cacheraient elles pas toutes les vies originelles si chères à son armateur ? Comme une arche d’Alain… c’est vrai qu’il a pour les grands débuts, les naissances, comme une préférence. En peinture, l’origine de la Vie avec les thèmes du Nil, du Big Bang…. La naissance des origines humaines avec les « Humanoïdes ». Puis l’origine de la matière, de la Terre avec les univers minéraux et leur assemblage de pierres. Enfin les bateaux, qui vont tout embarquer, avant d’être eux-mêmes une naissance à l’Aventure, au grand Départ.
« Bourgeon », comme un nom prédestiné à l’éclosion de toutes les rêveries…Et aujourd’hui, que n’est-on pas touché et séduit par tous ces bateaux sur leur pivot dans une attente suspendue au milieu du parc de leur auteur. Pari fou… comme les girouettes d’une autre planète, on les dirait en situation d’évidence avec du gazon vert en guise de flots bleus et d’horizon marin. La mer au beau milieu de la France ! Il n’y avait que vous, moi, pour ignorer que les bateaux sont d’abord faits pour voler le plus naturellement du monde. Leur voile n’est-elle pas après tout qu’une aile verticale ?
Bourgeon impose ses évidences. Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles, il nous met dans la situation de l’enfant qui demande au sculpteur, une fois la pièce finie : « Mais comment savais tu qu’il y avait un cheval dans le bloc de pierre ? »
Si Bourgeon a ses « fidélités », il n’arrête pas de les transformer, de les faire évoluer, de les transcender. En fait, avec cette permanente mutation… il nous pose la question : qui sculpte qui ?
Jean-Pascal Meyer. Arès le 23 mai 2013.




